mardi, 27 février 2024
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Télévision payante en Afrique : Un marché qui va peser 6,4 milliards de dollars US d’ici 2023

Selon rapport 2018 du cabinet londonien Digital TV Research, le nombre d’abonnés à la télévision payante en Afrique subsaharienne augmentera de 74% entre 2017 et 2023 pour atteindre 40,89 millions. Même si la croissance du nombre d’abonnés sera supérieure à celle des revenus, les revenus de la télévision payante augmenteront de 41% pour atteindre 6,64 milliards de dollars d’ici 2023 ; soit une augmentation de 02 milliards de dollars par rapport à 2017.

(EcoFinances) – Ça bouge très fort dans le secteur de la télévision payante sur le continent. Création de call-centers, déploiements de nouveaux investissements dans plusieurs pays d’Afrique, signatures de partenariats, lobbyings auprès des Etats et rencontres avec les autorités locales, investissements dans des projets sociaux, etc…Bref, tout y passe. Et toute arme est utile pour séduire et pénétrer un nouveau marché sur le continent ou pour mieux asseoir et consolider sa présence dans plusieurs marchés. Toute cette série d’initiatives et d’actions dans le secteur de la télévision payante n’est en effet pas le fruit du hasard. Encore moins, le fruit d’un sens élevé d’altruisme qui se serait, comme par enchantement, saisi de ces nombreux acteurs économiques étrangers qui affichent leur dynamisme sur le continent. C’est sans doute la preuve, s’il en était encore besoin, de la grande attractivité de la télévision payante en Afrique. Mais avant d’y arriver, il est sans doute utile de s’appesantir un instant sur quelques actions d’éclats réalisées ces dernières années par certains investisseurs étrangers, dans ce secteur d’activité désormais très convoité.

Offensive du Chinois Star Times

Par chaîne de télévision payante, les experts du domaine entendent une chaîne de télévision dont l’accès est (au moins partiellement) assujetti à une commercialisation, soit par abonnement, soit en paiement à la séance. Pas plus tard qu’au début du mois de mai 2019, l’opérateur chinois de la télévision payante, Star Times, qui a pénétré le marché africain de la télévision payante bien avant (2002) ses nombreux concurrents d’aujourd’hui, et qui est le leader de la télévision numérique terrestre (TNT) en Afrique avec une présence dans plus de 30 pays, a annoncé avoir investi plus de 220 millions de dollars (l’équivalent de 129 milliards de FCFA) au Nigéria ; créant par conséquent de nombreux emplois dans le pays. Un investissement qui, selon le PDG du groupe Star Times, David Zhang, cité abondamment par la presse nigériane, démontre à suffisance l’engagement de son entreprise auprès des populations nigérianes.

En Afrique, l’opérateur chinois Star Times est leader de la télévision numérique terrestre (TNT).

Pas seulement. Car, comme on pourra le voir dans les prochaines lignes, le Nigéria sera très bientôt le plus gros marché de la télévision payante sur le continent. Et il est donc important que des opérateurs de la taille de Star Times, qui a lancé en 2018 un service de vidéo en ligne (streaming, OTT) sur le continent à travers une application mobile (Star Times ON) afin de permettre aux téléspectateurs d’accéder à plusieurs dizaines de chaînes, se préparent pour le contrôle de ce gros marché. Surtout que depuis 2018, le groupe chinois a entamé le déploiement du projet « Accès à la TV satellite pour 10 000 villages africains », un projet de coopération sino-africain qui est destiné à apporter un accès à l’information et au savoir aux zones rurales africaines. Au Nigéria où l’entreprise est présente, Star Times est, apprend-on, le partenaire technique de ce projet et il est chargé de le mettre en œuvre dans 1000 villages du pays. Ce qui signifie que l’Empire du milieu a décidé de faire du Nigéria le cœur même de ce projet, puisqu’il lui accorde jusqu’à 10% lorsque les 54 autres pays du continent devront se contenter des 90% restants.

Pénétration de nouveaux marchés, amélioration des contenus, création de call-centers…

Hormis le fait que certains opérateurs n’hésitent pas à injecter de fortes sommes d’argent dans cette activité, comme l’a annoncé (en 2019) Star Times pour le Nigéria, des opérateurs privés étrangers de la télévision payante font parfois recours à l’aide de leurs gouvernements pour pénétrer certains marchés africains. C’est le cas par exemple du groupe Vivendi (Canal+) qui s’est appuyé récemment sur le coup de pouce du président français, Emmanuel Macron, afin de pénétrer le futur gros marché de la télévision payante d’Afrique qu’est l’Éthiopie. Au cours de la dernière visite du chef de l’Etat français dans ce pays de 100 millions d’habitants, Canal+ a, selon un communiqué du Trésor français du 21 mars 2019, signé un accord avec Teodros Abraham, directeur général de CLA Logistics, pour la distribution de ses chaînes dans ce pays d’Afrique de l’Est. Avec ses 4,1 millions d’abonnés sur le continent au 31 décembre 2018, la filiale de Vivendi, qui est déjà présente dans une vingtaine de pays africains, devra croiser le fer, hormis Star Times, avec l’opérateur sud-africain MultiChoice ; deux concurrents féroces qui ont l’avantage de maîtriser le marché éthiopien, qui ne s’est ouvert que récemment (grâce à certaines réformes au plan institutionnel).

En plus de la pénétration de nouveaux marchés, des partenariats se mettent en place et se renforcent entre les opérateurs, aux fins de mieux conquérir le marché africain. En avril 2019, Canal+ Afrique a annoncé avoir ajouté la chaine musicale française Mezzo (disponible dans plus de 60 pays d’Europe, d’Asie et d’Amérique du Nord) au catalogue de ses bouquets de télévision ; à travers un accord conclu avec le patron de la chaîne Mezzo, Lagardère. Ce qui permettra à cette chaîne d’être reçue dans 22 pays d’Afrique, apprend-on d’un communiqué. Au Nigéria, Star Times et l’opérateur mobile sud-africain MTN ont lancé, début avril 2019, un forfait spécial pour le service de vidéo à la demande de l’opérateur chinois de la télévision payante. Selon un communiqué de presse dont nous avons pu nous procurer une copie, l’objectif de ce partenariat est de permettre aux millions d’abonnés de MTN d’accéder au contenu de l’application (Star Times On) aisément, en dépensant seulement 0,4 dollars (261 FCFA) pour 60 minutes de contenu sur Star Times ON ou 01 dollar (428,8 nairas, 654 FCFA) pour 180 minutes de contenu, a-ton appris.

Le Nigeria aura le plus grand nombre d’abonnés à la télévision payante d’ici 2023.

Pour aguicher les clients et les fidéliser, les opérateurs du secteur investissent également dans des contenus africains. Canal+ est très avancé à ce niveau. En novembre 2018, la filiale du groupe Vivendi a annoncé le lancement de la distribution de « Thema Distribution », qui est l’une de ses nouvelles activités à l’international et sur le continent. Il s’agit en effet de la distribution et de la vente de contenus audiovisuels en Afrique et à l’international. Faire rayonner la culture africaine sur le continent et au-delà, semble être l’objectif de Thema Distribution qui, à son lancement, disposait d’un catalogue plus de 800 heures de programmes, avec des contenus de tous genres africains ou étrangers alliant qualité et renommée dont : de la fiction premium coproduite par Canal+; de la fiction africaine et populaire coproduite par A+; des séries africaines; des shortcoms d’humour coproduites par Canal+; des films et des documentaires.

Une approche de Canal+ qui semble d’ailleurs marcher et satisfaire les attentes des autorités de pays africains, contrairement à certains concurrents qui n’ont pas cette orientation dans leur stratégie. En Afrique du Sud, par exemple, les autorités envisagent désormais de limiter la domination de l’opérateur sud-africain (MultiChoice) sur le marché local ; en réduisant significativement le nombre de films d’Hollywood (films américains) que l’entreprise est autorisée à diffuser, selon certains médias locaux qui ont rapporté cette nouvelle début avril 2019.En RDC, Canal+ semble préoccupée par les difficultés d’un nombre important d’abonnés qui peinent à suivre des programmes en langue française. Elle vient donc de lancer un call-center afin de résoudre ce problème, comme l’ont annoncé ses responsables locaux en conférence de presse le 03 mai 2019 à Kinshasa. Le groupe Canal+ y a opté de s’appuyer, apprend-on, sur une équipe compétente ayant une bonne expérience dans le support client, et notamment dans le support en langues nationales : tshiluba, kikongo, swahili et lingala. Canal+ espère à travers cette action se démarquer sur ce marché concurrentiel, en rapprochant davantage les abonnés de ses programmes.

Le marché africain de la télévision payante pèsera 6,64 milliards de dollars d’ici 2023.

Un marché qui pèsera 6,64 milliards de dollars d’ici 2023

Tout ce dynamisme, marqué par une série de partenariats et d’investissements, n’est évidemment pas le fruit de l’altruisme des investisseurs étrangers dans le secteur de la télévision payante en Afrique, comme nous l’indiquions si bien à l’entame de cet article. La raison est toute simple : alors que la télévision payante enregistre un recul important en Occident (Europe, USA, etc), selon divers rapports, elle connaît plutôt un important boom en Afrique. En témoigne cette étude de Digital TV Research (entreprise londonienne créée en 2011 par Simon Murray et qui publie plus de 25 rapports par sur la télévision payante), qui date de 2018.

D’après l’expert, le nombre d’abonnés à la télévision payante en Afrique subsaharienne augmentera de 74% entre 2017 et 2023 pour atteindre 40,89 millions. Cependant, le rapport sur les prévisions de la télévision payante en Afrique subsaharienne renseigne que la croissance du nombre d’abonnés sera supérieure à celle des revenus. Les revenus de la télévision payante augmenteront de 41% pour atteindre 6,64 milliards de dollars d’ici 2023, soit une augmentation de 02 milliards de dollars par rapport à 2017. «La concurrence dans le domaine de la télévision payante en Afrique subsaharienne s’intensifie, notamment en raison du lancement de Kwese TV dans 14 pays en 2017 », explique Simon Murray, analyste principal chez Digital TV Research. Avant de poursuivre : «Dans la plupart des pays, les opérateurs de télévision payante ont abaissé les frais d’abonnement et / ou octroyé des équipements subventionnés / abandonnés au fur et à mesure que la concurrence s’intensifiait. En aucun cas, toutes les plateformes de télévision payante existantes ne devraient survivre sur le long terme. Malgré cela, plusieurs opérateurs de télévision payante sont en plein essor. »

Le Nigeria aura le plus grand nombre d’abonnés à la télévision payante d’ici 2023

D’après l’enquête, le Kenya continuera d’afficher une croissance considérable de la télévision numérique, mais celle-ci est saturée. Le Kenya dispose désormais de deux plateformes TNT payantes, d’un réseau câblé et de cinq principaux opérateurs de télévision par satellite, ce qui est trop pour un pays comptant seulement 4,01 millions de foyers équipés d’une télévision, apprend-on. Sur les 23,49 millions d’abonnés à la télévision payante à fin 2017, 13,78 millions étaient des chaînes de télévision par satellite et 9,11 millions d’abonnés à la TNT. D’ici 2023, la télévision par satellite enregistrera 20,89 millions de nouveaux abonnés, contre 17,53 millions pour ceux de la TNT. Cela signifie 07 millions d’abonnés supplémentaires à la télévision par satellite et 08 millions de foyers utilisant la TNT payante. Le Nigeria aura le plus grand nombre d’abonnés à la télévision payante d’ici 2023 – après avoir dépassé l’Afrique du Sud en 2021. Les huit premiers pays fourniront les trois quarts du total du marché en 2023.

Alors que Multichoice comptait 12,48 millions d’abonnés sur la plateforme de télévision par satellite Dstv et la plate-forme DTT GOtv à fin 2017, l’opérateur sud-africain se retrouvera avec 16,66 millions d’ici 2023. Quant au français Vivendi, qui avait 2,96 millions d’abonnés sur sa plate-forme de télévision par satellite Canal Plus et Easy TV à la fin de 2017, cela devrait augmenter de près de 02 millions à 4,87 millions d’ici 2023 (contre 4,1 millions à fin 2018). Par contre, StarTimes / StarSat bénéficiera, apprend-on, de la croissance la plus impressionnante : de 6,23 millions d’abonnés à la fin de 2017 à 13,42 millions d’ici 2023, passant de la moitié du total de Multichoice en 2017 à 81% d’ici 2023.

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