(EcoFinances.Net) – Le rapport 2023 de la BEAC sur les systèmes de paiement révèle une statistique frappante : 17 millions de retraits manuels ont été effectués dans les six pays de la CEMAC ( Cameroun, Congo, Gabon, Guinée équatoriale, Tchad et RCA) . Ce chiffre, en légère baisse par rapport à 2022, reste élevé dans un contexte de montée en puissance des paiements électroniques et du mobile money.La BEAC ( Banque des États de l’Afrique centrale) , qui pilote la stratégie régionale de modernisation des paiements, s’inquiète de cette dépendance persistante au cash. Elle y voit un frein à la traçabilité financière, à l’inclusion bancaire et à la lutte contre les flux informels.
L’institution appelle à une accélération de la dématérialisation, en renforçant l’interopérabilité monétique, la digitalisation des services publics et l’éducation financière.Mais les retraits manuels résistent. Dans les zones rurales, ils restent le principal mode d’accès à la liquidité. Dans les villes, ils accompagnent encore les transactions informelles, les paiements de salaires en espèces et les usages commerciaux non bancarisés. Le cash conserve une fonction sociale et psychologique forte : il rassure, il circule, il échappe au contrôle.
Pourquoi la transition numérique peine à s’imposer
Plusieurs facteurs expliquent cette résilience du cash. D’abord, le faible taux de bancarisation dans la sous-région : moins de 20 % des adultes disposent d’un compte bancaire formel. Ensuite, la couverture inégale des infrastructures numériques, notamment dans les zones enclavées, limite l’accès aux services digitaux.Le mobile money progresse, mais reste cantonné à certaines catégories d’usagers. Les frais de transaction, les limites de plafond et les problèmes de réseau freinent son adoption massive.
Par ailleurs, la confiance dans les systèmes électroniques reste fragile, en raison des incidents techniques, des arnaques et du manque de médiation en cas de litige.La BEAC propose plusieurs pistes : renforcer la régulation des établissements de paiement, améliorer la qualité des services, développer des incitations fiscales pour les paiements électroniques, et intégrer les acteurs informels dans les chaînes de valeur numériques. Elle mise aussi sur l’éducation financière pour changer les comportements.
JRD

