mardi, 28 avril 2026
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Nécrologie : Roger Betala, le doyen de la presse économique, s’est éteint, emportant avec lui les échos de l’ère PPTE

Il a été, pendant trois décennies, la voix qui expliquait le franc CFA, la dette et le PIB aux ménagères de Mokolo et aux opérateurs de Douala. Roger Betala, figure de proue de la CRTV et doyen du journalisme économique au Cameroun, a tiré sa révérence ce mardi 21 avril 2026 à Yaoundé. Entre rigueur pédagogique et optimisme institutionnel, son héritage reste le miroir d’une nation qui a cru toucher du doigt la prospérité avant d’être rattrapée par les dures lois de l’ajustement structurel

(EcoFinances.Net) – Le micro de la salle de rédaction ne grésillera plus sous l’effet de son timbre de basse si caractéristique. Roger Betala est décédé ce 21 avril 2026 des suites de complications post-opératoires dans une clinique de la capitale, Yaoundé, laissant derrière lui un vide immense dans le paysage médiatique camerounais. Chef du desk économie à la Cameroon Radio Television (CRTV) durant les années les plus charnières du pays, il n’était pas seulement un journaliste, mais un interprète du langage occulte des finances publiques.

L’art de la « Macro-économie pour tous »

Le principal combat de Roger Betala fut celui de la sémantique. À une époque où l’économie était perçue comme une science obscure réservée aux technocrates des ministères, il a imposé une approche de vulgarisation sans concession. Pour lui, un taux de croissance n’avait de valeur que s’il se traduisait par le prix du sac de riz sur le marché.Il a porté à bout de bras le plaidoyer pour la diversification économique. Inlassablement, sur les ondes du poste national, il fustigeait l’addiction du Cameroun à la rente pétrolière, appelant à une « agriculture de seconde génération » et à une industrialisation locale. Il a été l’un des premiers à donner au secteur informel ses lettres de noblesse, rappelant que c’est dans ces circuits parallèles que battait le véritable cœur financier du pays.

2006 : Le chantre du « Grand Soir » de la dette

L’histoire retiendra de lui son rôle précentral lors de la date historique du 28 avril 2006. Ce jour-là, le Cameroun atteignait le point d’achèvement de l’initiative en faveur des Pays Pauvres Très Endettés (PPTE). Roger Betala fut le principal vecteur du narratif de l’espoir. Avec une conviction qui frisait le lyrisme, il annonçait aux Camerounais la fin de l’asphyxie financière et l’annulation massive de la dette.Il s’est fait l’écho de la promesse gouvernementale d’une redistribution immédiate des ressources économisées vers les secteurs sociaux. Dans ses analyses d’alors, l’après-PPTE devait être l’an 1 de la prospérité retrouvée. Pour beaucoup de citoyens, sa voix était celle de la certitude : le temps des sacrifices était révolu. C’est sans doute ici que se dessine la ligne de crête entre le journaliste d’État et l’analyste indépendant, son enthousiasme ayant servi de caution morale à un optimisme qui allait s’avérer prématuré.

Un héritage confronté au mur des inégalités

Si le combat de Betala pour la transparence des grands travaux était sincère, le recul historique impose une nuance nécessaire. L’optimisme qu’il a porté en 2006 s’est heurté à une réalité plus sombre : celle d’une corruption systémique et d’une gouvernance qui ont transformé l’espace budgétaire libéré en un nouveau cycle d’endettement.Alors qu’il décrivait un Cameroun en route vers l’émergence, l’écart entre les nantis et les démunis n’a cessé de se creuser. Les « grands projets structurants » qu’il a tant documentés n’ont pas toujours eu l’effet d’entraînement social escompté. En partant, Betala laisse derrière lui ce paradoxe : celui d’un pédagogue d’exception qui a su expliquer comment l’argent circule, mais qui a peut-être sous-estimé la capacité des circuits politiques à en confisquer les bénéfices au détriment de la masse.

L’éthique d’un seigneur du micro

Malgré ces zones d’ombre partagées avec tout un système, l’homme reste un modèle de probité professionnelle. Roger Betala n’appartenait pas à la génération des journalistes de « l’enveloppe ». Son combat pour l’éthique et la rigueur dans le traitement de l’information financière a formé des dizaines de collaborateurs aujourd’hui aux commandes des médias privés et publics.Il quitte la scène au moment où le Cameroun fait face à de nouveaux défis de dette souveraine et de pressions inflationnistes, comme un dernier rappel que le combat économique n’est jamais définitivement gagné. Le « vieux Lion » de l’économie s’est tu, mais les questions qu’il posait sur la souveraineté financière du pays, elles, n’ont jamais été aussi criantes de vérité.

Joseph Roland Djotié

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