(EcoFinances.Net) – Dans une tribune incisive publiée ce 15 avril 2026 sur ses réseaux sociaux, l’économiste camerounais et consultant, Eugène Nyambal , rappelle que les textes du Fonds monétaire international prévoient des mesures strictes lorsque des informations erronées sont transmises par un État membre. « Si le FMI avait été au courant de la fraude, il aurait demandé un remboursement anticipé », écrit-il, en s’appuyant sur son expérience au Conseil d’administration du Fonds, notamment lors du dossier mauritanien.
Nyambal souligne que les consultations régulières — notamment celles menées au titre de l’Article IV — couvrent l’ensemble de la situation macroéconomique d’un pays, y compris la soutenabilité de la dette intérieure, la dette des entreprises publiques et les engagements hors bilan. Or, selon lui, la dissimulation de restes à payer et d’engagements hors budget sur une longue période, pour des montants de plusieurs milliards de dollars (le Sénégal a révélé une dette non déclarée estimée entre 7 et 10 milliards de dollars – plus de 4 270 milliards de FCFA), accumulée principalement entre 2019 et 2024) , ne peut se faire sans une forme de complicité ou, à tout le moins, sans le silence tacite des équipes d’analyse du FMI qui examinaient les données semestriellement.
Demander un audit indépendant : une voie pour établir les responsabilités
Face à ces allégations, Eugène Nyambal propose une démarche claire pour le gouvernement sénégalais : instruire son administrateur au FMI afin de demander un audit indépendant des programmes et consultations menés sur la période incriminée. Il préconise que cet audit soit conduit par le Département d’audit indépendant du FMI, organe qui n’est pas rattaché au Directeur général, et qu’il associe des personnalités de haut niveau pour garantir impartialité et crédibilité.
L’objectif, explique l’économiste, est double : établir les responsabilités éventuelles du FMI et de l’État sénégalais, puis disposer d’une lettre de confort utile dans les discussions avec les partenaires financiers et bailleurs. Un tel audit permettrait aussi de clarifier les pratiques de transparence et de gouvernance qui ont prévalu lors de la période concernée.
Stratégie nationale et négociations avec le FMI
Sur le plan des négociations, Nyambal salue la posture affichée par les autorités sénégalaises actuelles et rappelle des principes de stratégie financière souvent négligés. D’abord, les États doivent définir leur propre feuille de route de réformes et ne pas se contenter d’adapter mécaniquement des prescriptions externes. Ensuite, pour les pays dont l’accès aux marchés financiers est marginal, la priorité ne doit pas être de plaire aux agences de notation occidentales, souvent biaisées, mais de préserver la soutenabilité et la souveraineté économique.
L’économiste recommande une approche d’architecture financière élargie : intégrer les bailleurs non traditionnels, renforcer la mobilisation des ressources internes, valoriser les actifs publics et réduire le train de vie de l’État. Il insiste aussi sur la nécessité de préserver les secteurs sociaux et de maintenir des mesures de protection contre la vie chère, estimant que le respect du contrat social est essentiel pour la stabilité politique et la réussite des réformes.
Leçons comparatives et autonomie stratégique
Nyambal invite enfin à tirer les leçons d’expériences étrangères et régionales. Il rappelle les tensions entre le FMI et le régime de Wade au Sénégal sur le financement des grands travaux, la stratégie de la Malaisie qui a conçu son propre programme d’ajustement pour préserver sa souveraineté, et la gestion complexe de l’Argentine avec le Fonds et les marchés. Ces exemples, selon lui, montrent qu’un pays choisit quand entrer sous programme, comment le négocier et quand en sortir — autant de décisions stratégiques qui dépassent la simple conformité technique.
En conclusion, l’économiste renouvelle son soutien au peuple sénégalais et à ses autorités dans la quête de transparence et de dignité. Il annonce par ailleurs qu’il abordera la situation économique et la dette du Cameroun en temps utile, invitant à une réflexion régionale sur la gouvernance de la dette et la responsabilité des institutions internationales.
Par EcoFinances.Net — Tribune d’Eugène Nyambal

