(EcoFinances.Net) – Le montant déboursé par l’État pour acquérir les parts d’Actis (fonds d’investissement britannique) s’élève à 78 milliards FCFA, selon des sources proches du dossier. Ce rachat s’inscrit dans une logique de souveraineté énergétique et de reprise en main d’un secteur jugé trop dépendant des intérêts privés. ENEO, concessionnaire du service public de distribution d’électricité, cumule près de 800 milliards FCFA de dettes, une gouvernance contestée et des performances techniques en déclin.
À titre de comparaison, ce montant équivaut au financement de projets structurants comme la réhabilitation de la route Babadjou-Bamenda (≈70 milliards), ou la construction de 100 km de voiries urbaines. Le choix de racheter ENEO plutôt que d’investir dans des infrastructures neuves interroge sur la rentabilité à moyen terme et la capacité de l’État à transformer cette acquisition en levier de développement.
Origine des fonds, partenaires et capacités de gestion
Le financement de cette opération n’a pas été détaillé dans le communiqué officiel. Toutefois, plusieurs analystes évoquent un recours aux ressources budgétaires internes, complétées par des mécanismes de trésorerie et des appuis exceptionnels. Le remboursement pourrait s’appuyer sur les recettes futures du secteur, à condition que la restructuration d’ENEO soit efficace.
Les bailleurs de fonds restent prudents. La Banque mondiale et d’autres partenaires techniques ont exprimé leur attachement à une gouvernance transparente et à une gestion rigoureuse du secteur énergétique. Le retrait d’Actis, qui avait acquis les parts en 2014, est perçu comme un échec du modèle PPP dans un secteur aussi stratégique.
Le Cameroun peut-il mieux gérer ENEO ? L’État détient désormais 95 % du capital, les 5 % restants étant réservés aux employés. Mais la performance dépendra de la capacité à réduire les pertes techniques, à renégocier la dette, et à moderniser les infrastructures. Les priorités incluent l’extension du réseau, la sécurisation de la production, et l’amélioration du service client.
Réactions, concurrence et enjeux de nationalisation
Plusieurs investisseurs, notamment des groupes marocains, sud-africains et asiatiques, avaient manifesté leur intérêt pour les parts d’Actis. Le gouvernement a préféré une reprise directe, estimant que la situation d’ENEO exigeait une intervention publique forte. Ce choix a été salué par une partie de l’opinion, qui y voit un acte de souveraineté.
D’autres voix s’inquiètent du risque de mauvaise gestion et de subventions chroniques.La nationalisation d’ENEO peut être une bonne chose pour l’économie nationale si elle s’accompagne d’une refonte de la gouvernance, d’une rationalisation des coûts, et d’une vision industrielle claire. L’État devra éviter les écueils rencontrés dans d’autres entreprises publiques, où les subventions masquent les déficits sans résoudre les problèmes structurels.
Joseph Roland Djotié

