(EcoFinances.Net) – Le communiqué de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) de ce 12 novembre 2025 sur les résultats de l’opération d’injection de liquidités (OPIL n°45) lancée le 11 novembre révèle une situation atypique. Sur les 800 milliards de FCFA proposés, les banques n’ont exprimé qu’un besoin de 607 milliards, soit un taux de souscription de 75,88 %. Treize établissements ont participé, avec 31 offres, mais la demande est restée en deçà de l’offre.
Or, depuis le début de l’année 2025, les adjudications de la BEAC ont montré un tout autre visage : les banques ont presque toujours demandé plus que ce qui était mis en adjudication, traduisant une forte dépendance aux refinancements de la Banque centrale. Cette sursouscription reflète la fragilité structurelle du système bancaire, marqué par une faible mobilisation de l’épargne locale et une forte pression des besoins de financement publics et privés.
Le 11 novembre apparaît donc comme une exception rare, signalant un moment de respiration dans la demande de liquidités. Le taux marginal de l’adjudication ressort à 4,68 %, tandis que le taux moyen pondéré des soumissions et des montants adjugés s’établit à 4,96 %. Sur le marché interbancaire, le TIMP (Taux Interbancaire Moyen Pondéré) de référence (6,25 %) reste supérieur au TIAO (Taux d’Intérêt des Appels d’Offres) fixé à 4,50 %, avec un spread de 1,75 %, confirmant la tension persistante sur les coûts de refinancement.
Contexte et enjeux pour la sous‑région
Depuis janvier, la BEAC a multiplié les injections de liquidités pour stabiliser le marché monétaire et soutenir l’activité économique. Les banques, confrontées à la montée des créances douteuses et aux exigences prudentielles de la COBAC (Commission bancaire de l’Afrique centrale) , ont systématiquement sursouscrit, révélant leur besoin chronique de ressources. La sous‑demande du 11 novembre peut s’expliquer par une accalmie ponctuelle : anticipation de flux financiers liés aux exportations, ajustements de trésorerie ou prudence face aux taux proposés. Mais elle ne remet pas en cause la tendance lourde : les banques de la CEMAC (Cameroun, Congo, Gabon, Guinée équatoriale, Tchad et RCA) restent dépendantes des opérations de la BEAC pour équilibrer leurs bilans.
Les enjeux sont d’ailleurs multiples. Pour la BEAC,il faut maintenir une politique monétaire accommodante sans perdre en efficacité, tandis que chez les banques il est important de trouver un équilibre entre prudence et dynamisme du crédit. Et du côté des États, les liquidités injectées doivent absolument se traduire en financements pour l’économie réelle. En définitive, l’OPIL du 11 novembre dernier illustre une rare respiration dans un cycle marqué par la sursouscription. Il rappelle que la politique monétaire de la BEAC, bien que proactive, se heurte à la frilosité des banques et à la lente transmission des liquidités vers l’économie productive.
JRD

