(EcoFinances.Net) – Depuis plusieurs mois, la Caisse des Dépôts et Consignations du Cameroun (CDEC) multiplie des initiatives pour récupérer les avoirs en déshérence issus des comptes bancaires inactifs. Elle a engagé des procédures judiciaires pour détournement de fonds publics, procédé à des saisies de plusieurs milliards de FCFA et adressé des correspondances aux maisons-mères des banques internationales, parfois assorties de menaces.
Ces actions, relayées par des sorties médiatiques, ont contribué à fragiliser la confiance du public dans le système bancaire. Face à cette situation, l’Association professionnelle des établissements de crédit du Cameroun (APECCAM) a alerté la COBAC sur le risque de crise systémique. La Commission bancaire rappelle que la question des comptes inactifs et des avoirs en déshérence est désormais encadrée par une réglementation communautaire, adoptée en juillet 2025 par le Comité ministériel de l’UMAC à Malabo.
Deux textes majeurs sont entrés en vigueur le 1er septembre 2025 : le règlement sur les conditions d’exercice des Caisses des Dépôts et Consignations et celui sur le traitement des comptes inactifs. Ces dispositions imposent aux banques de transférer à la CDEC ou à la BEAC les avoirs inactifs depuis plus de dix ans, tout en garantissant la protection des déposants. La COBAC souligne que ce cadre harmonisé vise à éviter les pratiques disparates et à renforcer la stabilité financière dans la sous-région.
Les enjeux d’une régulation communautaire
La lettre du 22 octobre 2025, signée par Patricia Danielle Manon, secrétaire générale adjointe de la COBAC, traduit une inquiétude : malgré l’existence de textes clairs et obligatoires, la CDEC poursuit ses actions unilatérales, en contradiction avec l’esprit communautaire. Pour la Commission bancaire, il est urgent que l’autorité de tutelle intervienne afin de mettre fin à ces pratiques et rétablir la confiance.
Au-delà du cas camerounais, l’enjeu est régional. La CEMAC cherche à uniformiser la gestion des avoirs en déshérence et à encadrer les Caisses des Dépôts et Consignations pour en faire des instruments de financement du développement. La stabilité du système bancaire est essentielle pour soutenir l’intégration économique et attirer les investisseurs. La COBAC rappelle également que de nouvelles exigences de cautionnement imposées par la CDEC pour les marchés publics pourraient fragiliser la trésorerie des banques et créer des tensions supplémentaires.
En intervenant, le ministre des Finances est appelé à arbitrer entre la volonté de la CDEC de sécuriser des ressources et la nécessité de préserver l’équilibre du système bancaire. Cette sortie de la COBAC s’inscrit donc dans une logique de régulation préventive. Elle vise à éviter une crise de confiance et à rappeler que la supervision bancaire est désormais communautaire. Pour le Cameroun, l’enjeu est double : protéger ses établissements de crédit et garantir que la CDEC joue son rôle de catalyseur du financement public sans déstabiliser le secteur financier.
JRD

