(EcoFinances.Net) – En 2023, les prestataires de services de paiement de la CEMAC ont traité 3,7 milliards de transactions pour une valeur totale de 171 943 milliards FCFA. Parmi ces opérations, le virement instantané par monnaie électronique — autrement dit le Mobile Money — représente 94,8 % en nombre, soit 3,5 milliards de transactions, et 16,81 % en valeur, soit 28 911 milliards FCFA.
Ce canal surclasse tous les autres instruments : les cartes bancaires ne représentent que 3,22 % des opérations, les virements classiques 1,45 %, et les chèques 0,15 %. En valeur, les virements classiques dominent avec 58 487 milliards FCFA (34,02 %), suivis des retraits au guichet (41 136 milliards FCFA, soit 27,5 %).
Cette explosion du Mobile Money s’explique par plusieurs facteurs : la digitalisation des services publics, qui connecte désormais les administrations aux systèmes de paiement de la BEAC et du GIMAC ; l’augmentation des salaires et prestations sociales, qui a élargi la base des utilisateurs ; les actions commerciales agressives des opérateurs de téléphonie mobile et des fintechs.
Le Cameroun, épicentre de la financiarisation numérique
Le Cameroun concentre 62,83 % des transactions en nombre (soit 2,26 milliards d’opérations) et 58,77 % en valeur (soit 100 098 milliards FCFA). Il devance largement le Congo (896 millions de transactions) et le Gabon (32 239 milliards FCFA en valeur). Avec 24,8 millions de comptes Mobile Money recensés, le pays affiche un taux de financiarisation de 109,12 %, supérieur à sa population adulte estimée à 15,3 millions.
Ce chiffre, bien qu’inflationniste du fait de la multibancarité, témoigne d’une adoption massive des services financiers numériques.Mais cette hyper-concentration pose des enjeux : risque de fracture régionale, avec des pays comme la Centrafrique ou la Guinée équatoriale affichant des taux de financiarisation inférieurs à 20 % ; défi de l’interopérabilité, malgré les progrès du réseau GIMACPAY ; vulnérabilité aux fraudes numériques, qui concernent 82 % des cas déclarés, principalement en ligne.
Le Mobile Money n’est donc plus un simple outil de transfert : il est devenu le cœur battant de la circulation monétaire en zone CEMAC. Pour la BEAC, l’enjeu est désormais de sécuriser, interconnecter et réguler cet écosystème, tout en veillant à une intégration régionale inclusive.
JRD

