(EcoFinances.Net) – Le projet de loi transmis ce jeudi 02 avril 2026 au Parlement s’inscrit dans une longue série de révisions de la Constitution camerounaise. Après les modifications de 1996 et de 2008, cette nouvelle réforme introduit une innovation majeure : la création d’un poste de vice‑président. Selon le texte, le président de la République peut être assisté d’un vice‑président, nommé par lui, dont la durée du mandat est liée à celle du chef de l’État. Cette disposition vise à renforcer la continuité du pouvoir exécutif et à assurer une transition plus fluide en cas de vacance ou d’empêchement du président.
Des prérogatives qui suscitent des interrogations
Les articles 10 et 53 du projet précisent les attributions du vice‑président. Celui‑ci peut recevoir des délégations de pouvoirs du président, assurer certaines fonctions en cas d’empêchement temporaire et participer à la gestion des affaires de l’État. Toutefois, les alinéas 2 et 3 de l’article 10, qui permettent au président de déléguer une partie de ses pouvoirs au vice‑président ou à d’autres membres du gouvernement, soulèvent des inquiétudes. Certains observateurs redoutent une dilution des responsabilités et une complexité accrue dans la chaîne de commandement. La Haute Cour de Justice est également compétente pour juger le vice‑président en cas de complot contre la sûreté de l’État, ce qui souligne la sensibilité de ses fonctions.
Une étape décisive pour l’équilibre politique
L’examen de ce projet de loi intervient dans un contexte marqué par la volonté du pouvoir de consolider les institutions et de préparer l’avenir politique du pays. La création d’une vice‑présidence pourrait modifier en profondeur l’équilibre entre les organes exécutifs et législatifs. Les députés réunis sous la présidence de Théodore Datouo, élu récemment à la tête de l’Assemblée nationale par le RDPC (Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais) , doivent se prononcer sur un texte qui engage la stabilité institutionnelle et la gouvernance future. Les débats s’annoncent vifs, car la réforme touche au cœur du système politique camerounais et pourrait redéfinir les rapports de force au sommet de l’État.
Le projet de loi n° 2094/PJL/P, déposé le 2 avril 2026, marque donc une étape importante dans l’évolution de la Constitution camerounaise. En instituant une vice‑présidence, il ouvre la voie à une nouvelle organisation du pouvoir exécutif. Si l’objectif affiché est de renforcer la continuité et la stabilité, les dispositions relatives aux délégations de pouvoirs suscitent déjà des débats sur les risques de chevauchement et de conflits institutionnels. Les discussions à l’Assemblée nationale seront déterminantes pour l’avenir politique du Cameroun et pour la perception de cette réforme par les citoyens.
Joseph Roland Djotié

