(EcoFinances.Net) – Le cœur du plan d’action publié en septembre 2025 concerne les rétrocessions de terres aux communautés riveraines, sujet de tension depuis des décennies. Socapalm (Société camerounaise des palmeraies) reconnaît que le manque de terres pour les moyens de subsistance est une allégation « fondée ». Plusieurs mesures ont été lancées : analyse des risques fonciers, clarification juridique auprès de l’administration sur l’article 6 du bail emphytéotique, socialisation des communautés autour du processus, et mise en place d’un système de diffusion d’informations.
Certaines étapes sont « faites » ou « continues », comme la communication régulière lors des réunions bipartites et la désignation de personnel dédié à l’engagement communautaire.Mais les retards sont nombreux : difficultés d’accès aux statistiques démographiques, absence de réponses de la Commission technique de privatisation et liquidations (CTPL), lenteur des clarifications administratives. Les évaluations des rétrocessions déjà réalisées sont encore en cours, et l’élaboration des cartes définitives reste suspendue, apprend-on. En somme, Socapalm a ouvert le chantier, mais la rétrocession effective demeure partielle et contestée.
Des progrès visibles mais partiels
La Socapalm dit avoir engagé plusieurs actions pour améliorer sa conformité sociale et environnementale. Parmi celles-ci, la lutte contre les violences sexuelles et le harcèlement, la validation et le partage des plans de gestion des sites sacrés, le traitement des effluents et la surveillance environnementale, les analyses des besoins en infrastructures sociales et le lancement de projets de responsabilité sociétale (CSR). L’entreprise a également initié la réhabilitation et la construction de logements pour les travailleurs, ainsi qu’une communication accrue sur les opportunités d’entrepreneuriat local.
Des efforts qui témoignent d’une volonté de répondre aux critiques et de renforcer la durabilité de ses activités. Toutefois, comme le souligne l’entreprise elle-même, plusieurs actions demeurent attendues : finaliser les rétrocessions de terres avec cartes définitives et clarifications juridiques, obtenir des réponses claires des autorités sur le bail emphytéotique, renforcer la confiance et l’efficacité des comités genre, prouver l’impact réel des projets d’accès à l’eau et infrastructures sociales, ou encore assurer une transparence financière et une gouvernance crédible.
Les précisions de l’entreprise
Dans sa réaction officielle adressée par mail à EcoFinances.Net, la Socapalm, par la voix de son assistante de direction et chargée de la communication, Rousselle Barbara Lienoué, rappelle que les terres exploitées à Dibombari appartiennent à l’État camerounais et sont mises à la disposition de l’entreprise dans le cadre d’un bail emphytéotique. Le processus de rétrocession implique donc une restitution préalable des terres par l’entreprise à l’État, lequel est seul compétent pour les rétrocéder ensuite aux communautés. Cette clarification souligne que certaines étapes dépendent directement des autorités publiques et non du seul pilotage de l’entreprise.
Sur les violences basées sur le genre, Socapalm reconnaît la fragilité des dispositifs mais insiste sur le caractère structurel de ces enjeux, qui nécessitent un temps long de sensibilisation et d’appropriation dans des contextes ruraux. Concernant les aspects environnementaux, l’entreprise précise que les analyses sont réalisées par des prestataires externes et évaluées au regard des seuils réglementaires en vigueur, renforçant ainsi la rigueur factuelle du suivi. Enfin, sur la conclusion, la direction propose de distinguer plus explicitement une démarche de transparence et de conformité en cours d’une transformation déjà aboutie, afin d’éviter toute ambiguïté.
Quête de légitimité
Le plan d’action de Socapalm Dibombari illustre une entreprise en quête de légitimité, cherchant à conjuguer conformité réglementaire et réponse aux critiques sociales et environnementales. Les avancées sont tangibles, mais leur portée reste limitée par des dépendances institutionnelles et des défis structurels. La réaction officielle de l’entreprise apporte des nuances importantes, en rappelant le rôle central de l’État dans la gestion foncière et en contextualisant les difficultés liées au genre et à l’environnement.
Au final, la Socapalm tente de se repositionner, mais son chemin vers une légitimité durable reste semé d’embûches. La transparence accrue et la communication sur ses engagements constituent des signaux positifs, mais la transformation profonde attendue par les communautés et les observateurs reste encore à démontrer.
Joseph Roland Djotié

