(EcoFinances.Net) – Né le 31 octobre 1968 à Douala, Jean Sylvestre Elouna grandit dans un environnement où l’exigence et la discipline se mêlent à l’ambition. Très tôt, il se distingue par une curiosité intellectuelle et une soif de comprendre les mécanismes invisibles qui régissent l’économie. Ses études en France, à l’Université Jules Verne puis à l’ESLSCA de Paris, lui offrent une formation solide en sciences économiques et en ingénierie financière. Ces années lui permettent d’acquérir un esprit méthodique, capable de relier les chiffres aux réalités humaines, les bilans aux destins collectifs.
Premiers pas dans la banque
Sa carrière débute en 1995 à la Société Générale Cameroun, filiale d’un grand groupe bancaire international. Dès son entrée comme stagiaire, il rédige un rapport diagnostic du marché qui, transmis à la maison-mère, dissuade le retrait envisagé. Ce document stratégique sera exploité pour engager la restructuration de plusieurs filiales africaines du groupe, à l’instar de la SGBCI en l’an 2000. Rapidement, il remplace un cadre expatrié français et s’immerge dans le contrôle de gestion. Pendant cinq années, il encadre une équipe, met en place des outils d’analyse et forme les cadres à l’appropriation de leurs objectifs. À son actif également, la création de l’association des cadres de la SGC, destinée au partage de compétences et d’expériences. Dans ce cadre exigeant, il manie la précision des chiffres comme une arme de gouvernance, chaque rapport devenant une pièce d’un puzzle plus vaste : celui de la transparence et de la responsabilité financière.
L’expérience des télécoms
En 2000, il rejoint Orange Cameroun, filiale du groupe international de téléphonie mobile. Il y met en place le contrôle de gestion et la procédure budgétaire de l’implantation. Il conçoit des tableaux de bord, analyse les indicateurs d’activité et conseille les directions opérationnelles. Cette immersion dans un secteur en pleine expansion lui permet de mesurer l’importance de l’innovation et de l’adaptation. Dans un univers où la technologie dicte les règles, il apprend à conjuguer rigueur financière et agilité stratégique.
L’aventure des marchés financiers
En 2002, Jean Sylvestre Elouna intègre la Douala Stock Exchange (DSX) à sa création, en qualité de Directeur administratif et financier-adjoint. Trois ans plus tard, il devient DAF et le restera jusqu’en 2019, année de la fusion-absorption de la DSX par la BVMAC. Sa contribution participe du succès de cette opération dont il est l’un des acteurs centraux. Recruté ensuite comme premier Directeur administratif et financier de la BVMAC, il supervise l’administration générale, les finances et la trésorerie. À la DSX comme à la BVMAC, il assure également le secrétariat technique du Conseil d’administration et de l’Assemblée générale, garantissant la rigueur des délibérations et la sincérité des rapports. Son rôle est crucial : assurer la transparence des états financiers et coordonner les budgets, tout en apportant son expertise aux autres directions opérationnelles. .
Les épreuves et la résilience
La fusion-absorption de la DSX par la BVMAC décidée le 31 octobre 2017 par la Conférence des Chefs d’États de la CEMAC avait été marquée par de sérieuses tensions de leadership. Ces fragilités de gouvernance se sont prolongées dans l’organisation fusionnée. Accusé à tort de fautes lourdes, Jean Sylvestre Elouna est licencié en 2022. Après un long combat judiciaire, la justice reconnaît en 2026 le caractère abusif de ce licenciement et condamne la BVMAC à lui verser des indemnités. Cette épreuve, loin de ternir son image, met en lumière sa résilience, sa discrétion et son attachement aux principes de justice et de transparence.
Héritage et vision
Au-delà de sa formation de qualité, son expérience riche et sa résilience avérée, Jean Sylvestre Elouna incarne une génération de cadres qui ont porté la modernisation des institutions financières africaines. Sa trajectoire, de la banque aux télécoms et enfin aux marchés financiers, témoigne d’une capacité rare à naviguer entre des univers différents tout en gardant le cap de la rigueur, de l’humilité et de l’éthique. Ses distinctions honorifiques – Chevalier de l’Ordre de la valeur, Médaillé d’honneur du Travail en Or – consacrent une carrière où l’engagement et la loyauté ont été des repères constants.
La trajectoire de Jean Sylvestre Elouna est celle d’un bâtisseur silencieux, d’un homme qui a traversé les institutions avec la conviction que la finance n’est pas seulement une affaire de chiffres, mais aussi de confiance et de responsabilités. Son parcours, jalonné de réussites et d’épreuves, illustre la complexité de la gouvernance économique en Afrique centrale. À travers lui, c’est une histoire plus vaste qui se dessine : celle d’un continent en quête de transparence, de crédibilité et de souveraineté dans ses institutions financières.
Joseph Roland Djotié

