(EcoFinances.Net) – Selon les données consolidées sur la période de janvier à mai 2025, les quatre principaux opérateurs — PHP (Plantations du Haut-Penja), CDC, Boh Plantations Ltd (B PL) et CDBM — ont totalisé 65 982 tonnes exportées, soit une progression de près de 15 % par rapport à la même période en 2024, où la filière plafonnait à 57 000 tonnes. Sur les cinq dernières années, seule l’année 2021, malgré la crise sanitaire, avait frôlé les 60 000 tonnes sur la même période. Cette embellie marque donc une reconsolidation du secteur, longtemps affaibli par l’insécurité dans les zones de production, notamment le Sud-Ouest anglophone.
PHP, pilier inébranlable du secteur
Leader incontesté de la filière, PHP confirme son hégémonie avec 61 227 tonnes exportées entre janvier et mai 2025, soit plus de 92 % du volume global. Malgré une légère contraction en mai (9 998 tonnes), l’entreprise affiche des performances stables, avec des pics à 14 695 tonnes en janvier et 13 809 tonnes en mars. L’efficacité logistique, la qualité agronomique de ses plantations et sa politique de diversification commerciale lui permettent de résister aux aléas conjoncturels. À elle seule, PHP garantit la visibilité internationale de la banane camerounaise, particulièrement sur les marchés européens.
CDC : la remontée d’un géant blessé
Longtemps asphyxiée par la crise sécuritaire dans le Nord-Ouest et Sud-Ouest (NoSo), la Cameroon Development Corporation (CDC) amorce une remontée prudente mais visible. Avec 16 723 tonnes exportées sur cinq mois, elle retrouve une dynamique industrielle après plusieurs années de repli forcé.Son redressement repose sur la réhabilitation progressive de ses plantations de Tiko et Bota ; l’accompagnement sécuritaire par les autorités locales ; une stratégie de recrutement ciblé pour relancer l’exploitation. Ce retour en grâce est à surveiller, car il pourrait repositionner la CDC comme acteur concurrentiel, réduisant la dépendance du marché camerounais à PHP.
Un contexte porteur… mais fragile
Cette performance intervient dans un climat économique en mutation : la hausse de la demande en produits tropicaux en Europe relance les marges ; la stabilisation partielle de la crise anglophone qui permet de réengager les plantations à l’arrêt ; et les mesures gouvernementales en faveur de la filière, notamment via l’Interprofession banane, commencent à produire effet. Cependant, la filière reste vulnérable face aux aléas climatiques, à la fluctuation des prix à l’exportation, aux risques sécuritaires persistants dans certaines zones stratégiques.
Quelles perspectives pour 2025 ?
Si la tendance se maintient, le Cameroun pourrait dépasser la barre des 160 000 tonnes en fin d’année, une première depuis 2016. Cela renforcerait le rôle de la banane comme troisième produit d’exportation du pays, derrière le pétrole (≈40 % des exportations) et le bois (≈15 %). Mais cette ambition nécessite une stabilisation durable dans le NoSo, une meilleure structuration de la filière secondaire (B PL, CDBM), et des investissements dans la transformation locale pour valoriser la chaîne agro-industrielle.
JRD

